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Société & Moeurs : Conséquence d'une grande désintégration sociale. Les jeunes exposés au suicide.

Par Yasmine Zouaghil | L'Expression|28|03|2009|   

69% des suicidés en Algérie sont de sexe masculin. 65% d’entre eux sont célibataires et 58% ne dépassaient pas l’âge de 30 ans. Les jeunes hommes célibataires sont plus susceptibles de passer à l’acte. C’est la conclusion tirée du débat qui a eu lieu jeudi entre différents spécialistes autour du phénomène du suicide. En effet, lors de son intervention, le professeur et président de la société algérienne de médecine légale, Madjid Bessaha, a dressé un profil assez précis des suicidés en indiquant que 69% des suicidés en Algérie étaient de sexe masculin. 65% d’entre eux étaient célibataires et 58% ne dépassaient pas l’âge de 30 ans.

Il a poursuivi son exposé en précisant que les moyens les plus utilisés par ces personnes pour passer à l’acte sont la chute d’un lieu élevé, suivie de la pendaison puis de l’ingestion de caustiques.
M.Bessaha a également évoqué les aspects médico-légaux du suicide, en relevant une «insuffisance» dans la prise en charge et l’assistance aux personnes victimes de violences. Il a, dans ce contexte, déploré le fait que les morts violentes ne soient pas systématiquement autopsiées au niveau des services de médecine légale des hôpitaux, conduisant parfois à des erreurs dans le constat des circonstances de la mort ou encore au «camouflage d’un suicide en mort accidentelle». Quant au nombre de cas de suicides enregistrés ces dernières années, ce professeur exerçant au service de médecine légale de l’hôpital Mustapha-Bacha a révélé que sur un total de 1097 cas d’autopsies pratiquées entre les années 2000 et 2003 dans son service, 186 étaient des cas de suicide, alors que durant la période 2004 à 2007, il y est recensé 916 cas d’autopsies pratiquées, dont 105 cas de suicide.
Les principales causes de cet acte sont liées, selon Maâmar Aouchiche, docteur en psychiatrie, à «un sentiment de désintégration sociale qu’éprouve l’individu».
Ce dernier conduit à des états dépressifs, d’angoisse, d’anxiété, voire de mélancolie le poussant, dans un geste de désespoir, à mettre fin à ses jours.
Ce spécialiste s’est également intéressé dans son intervention aux effets et conséquences du suicide sur l’entourage familial et social du suicidé, soulignant que ce phénomène est principalement enregistré chez des personnes souffrant de pathologies mentales.
La psychologue clinicienne à la Sûreté nationale, Dalila Zouad, a présenté, de son côté, les principaux axes de la stratégie globale de la direction générale de la Sûreté nationale (Dgsn) pour la prévention contre le phénomène du suicide et dont l’objectif principal est d’améliorer les conditions de travail afin de protéger la santé mentale du personnel.

 


 

Société & Moeurs: Un terrible poids sur de frêles épaules…Les enfants atteints du sida, l’autre face du mal.

Par Jamila Loukil|Liberté|22|03|2009|  

Un petit bout d’homme à peine plus haut que trois pommes, sous son bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, je devine ses cheveux noir corbeau comme ses yeux qui pétillent et brillent lorsqu’il lève furtivement la tête vers moi. À mon geste de lui caresser la joue, il enfonce aussitôt son visage contre les jambes de sa maman, qu’il enserre de ses deux bras.

Je fais mine de me désintéresser de lui quelques instants. Croyant avoir déjoué l’attention des adultes qui sont dans la pièce, avec ses petites jambes de deux ans et demi, Nassim se précipite alors vers la porte pour s’échapper. Sa maman promptement le retient et, comme pour s’excuser, dit : “Il est trop turbulent !” Le médecin qui suit Nassim et ses parents  intervient : “Il va bien Nassim ! Il est un peu comme chez lui ici.”
Comme tous les enfants de son âge, Nassim a du mal à tenir en place. En fait, ce prénom de Nassim est celui que nous avons choisi de lui donner dans ce reportage, de même pour sa maman que nous appellerons simplement Nadia. Nous n’en dirons pas plus, sinon qu’ils sont originaires de l’intérieur du pays. Il s’agit en l’occurrence de préserver et protéger l’anonymat de Nassim et de tous les enfants et parents dont nous relaterons la souffrance, les attentes et le terrible isolement qui les enserrent comme un étau, faisant de leur vie au quotidien une épreuve permanente. Et pour cause. Au service infectieux du CHUO, nous avons été à la rencontre des enfants atteints du sida, ces dizaines d’enfants et de nourrissons qui sont nés porteurs du virus HIV, contractés lors de la grossesse de leur mère.
C’est là, dans notre pays, et non pas ailleurs en Afrique ou en Asie, la face cachée du sida qui pèse si lourdement sur les frêles épaules d’enfants âgés de 1 an à 13 ans.

Peur et isolement 
Nassim est le seul rescapé d’une fratrie de quatre garçons et filles qui sont tous décédés, probablement d’infections provoquées par le VIH. Les trois frères et sœurs n’on pas atteint l’année. Pour les parents, Nassim est une victoire, un miracle, un espoir qui pourtant chaque jour doit leur rappeler le visage, l’odeur et la chaleur des trois autres bébés qui ne sont plus là.
Quelle souffrance pour ces parents. De condition modeste, ils ne diront pas un mot de leur douleur, de leur peur et de la culpabilité qui les ronge  pourtant. Leurs seules paroles ont été de demander une main tendue. “Dites-leur de nous aider pour les médicaments, le transport…”, explique d’une voix basse le père de Nassim. “On nous oblige à venir chaque mois pour prendre un quota de médicaments de 30 jours. Je dépense  900 DA aller-retour à chaque fois sans compter les autres médicaments, les analyses que l’on doit faire chez un privé… C’est très dur. Ils ne comprennent pas ici. Pourquoi ne veulent-ils pas nous donner un quota de 3 mois de médicaments  comme à Alger ?” Aujourd’hui, Nadia s’inquiète d’un rhume persistant chez Nassim. Les résultats de la charge virale qu’ils ont effectuée à l’extérieur sont bons mais il n’empêche, l’inquiétude est comme marquée au fer rouge sur le visage des parents. Eux aussi sont séropositifs, ils n’ont découvert cela qu’après la naissance de Nassim. Un médecin, alerté par leur parcours médical,  les oriente vers le service infectieux d’Oran. Le diagnostic tombera brutalement. Le virus HIV a ainsi fait irruption dans leur vie, c’est presque le sceau de la honte qu’ils traînent et portent depuis. Car pour ce couple et pour tous ceux que nous avons rencontrés, c’est dans le secret le plus total qu’ils vivent avec leur séropositivité, se privant même de leur droit au remboursement de peur que ne soit découverte leur infection. Alors que Nassim se calme un moment, grâce à un paquet de gaufrettes, ses parents prennent auprès du médecin les dernières explications pour lui administrer  les anti-rétroviraux. En ce moment, la forme pédiatrique est indisponible. La moitié d’un comprimé pour adulte, c’est ce qu’il faudra donner à Nassim plusieurs fois dans la journée.
Sans parler à vrai dire de pénurie, les approvisionnements sont par à-coup, les médicaments changent souvent… ne sont pas en quantités suffisantes… Plus grave, par le passé, faute de médicaments disponibles la trithérapie s’est transformée en bithérapie, d’où peut-être le développement de la maladie chez certains. De tous les responsables que nous avons sollicités au CHUO pour comprendre cette situation, aucun n’a daigné nous recevoir. Le malaise règne à l’évidence. Un autre couple passe en consultation, il a pris la route à 6 heures pour être parmi les premiers. Cette fois-ci encore les parents n’avaient jamais fait de dépistage au HIV. Dans les bras de la maman, une petite fille de 6 mois bien emmitouflée et qui dort paisiblement. C’est une petite Nawel qui a déjà trois frères, dont Mohammed porteur du VIH, n’a pas encore 3 ans. Les deux aînés n’ont rien. Les parents devant nous ne se demandent plus pourquoi ? Comment ? Pour l’heure, ils veulent être rassurés quant à leur propre état, celui de leur garçon et de la petite dernière. En effet, la maman a suivi un traitement durant toute sa grossesse qui semble avoir porté ses fruits. “Nawal n’a rien. Soyez tranquilles, pour l’instant, tout va bien”, explique le médecin. Mohamed est pesé, ausculté, il semble un peu fatigué, il tousse… Sa mère lui tend sa sucette qui l’apaise. Une fois de plus durant l’entretien médical, les parents soulèvent la question de la disponibilité des anti-rétroviraux. Le père se plaint de l’accueil froid au service, du mépris qu’il ressent, des billets de salle qu’il faut à chaque fois chercher… Et d’évoquer que chaque mois, pour chaque consultation, c’est une journée de travail manquée et les remarques de son patron. Demain, il faudra un mensonge de plus, une excuse de plus pour se justifier. Surtout tout faire pour que personne n’ait de soupçon.Le médecin nous explique qu’à chaque consultation, ce sont les mêmes scènes qui se répètent. “La plupart du temps, les parents ont d’énormes difficultés financières et recherchent une aide. Ils sont dans un grand besoin de prise en charge psychosociale. Je m’efforce de leur consacrer le maximum de temps mais ce n’est pas toujours facile.” Sur un plan strictement médical, notre interlocuteur explique encore : “Quand ils arrivent ici, ils sont très peu bavards sur les causes de la contamination. Ils ne veulent rien dire, ou alors, si vous insistez, ils préfèrent mentir. Ils ne savent rien des  modes de transmission. Ils culpabilisent pour leurs enfants et ont peur que les gens découvrent ce qu’ils ont. C’est la maladie de la honte pour eux.” La stigmatisation du sida et les tabous accablent toutes les personnes porteuses du VIH. Pour les familles, c’est un poids très lourd, comme nous l’explique avec une grande émotion Mourad, qui évoque le cas de son fils de 8 ans séropositif. “Depuis que l’on sait qu’il a le sida, ma vie n’est plus la même, tout est différent aujourd’hui… Chaque jour, je le suis… Parfois, ma femme se met soudain à pleurer lorsqu’elle le regarde.Tout au début, on a cru qu’il ne survivrait pas.” Et de poursuivre : “Moi, j’ai les moyens et je me déplace régulièrement sur Alger pour lui ramener ses médicaments. Ici, les responsables ne sont pas sérieux, ils nous traitent avec mépris. Je pense à ceux qui n’ont pas de moyens.” À 8 ans, son garçon commence à poser des questions : “Il me demande pourquoi il doit prendre tous ces cachets ? Qu’est-ce qu’il a ? Que voulez-vous faire ? Je suis obligée de lui mentir. L’autre fois, il lisait le nom des médicaments sur la boîte, je l’ai grondé en lui interdisant de répéter ces noms. Si quelqu’un dehors apprend qu’il a le sida, je partirai sur le champ. J’emmènerai mon fils loin d’ici, loin de ce pays”. Une peur qui paralyse Mourad et qui le révolte en même temps. “Personne n’a une idée de ce que nous vivons et ressentons”, lâche-t-il.Mourad et tous les autres parents savent que le jour viendra, au moment de l’adolescence, où il faudra expliquer et trouver les mots.

Absence de culture de dépistage
Les rares enquêtes épidémiologiques ou sociales menées, soit par le ministère de la Santé, soit par des associations, montrent qu’en Algérie, le premier mode de contamination du VIH sida est hétérosexuel avec 46,11%. Cela prouve au demeurant que le virus du sida n’est plus seulement présent dans les populations à risques, comme les professionnelles du sexe, les homosexuels, les drogués, mais dans la population, en général. D’ailleurs, c’est en 2004 que le premier cas de femme enceinte séropositive a été trouvé et depuis, ce nombre ne cesse de progresser de façon alarmante.
Selon le docteur K. Aït Oubelli, de la direction de la prévention au ministère de la Santé, et qui se trouvait en mission à Oran, il y aurait 1 015 personnes porteuses du VIH sida suivies au service infectieux du CHUO, dont une soixantaine d’enfants de moins de 15 ans. Vingt-cinq d’entre eux sont sous traitement et 34 sans traitement. Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg.Dr Aït Oubelli, qui a annoncé la mise en place “du programme de prévention de la transmission mère-enfant du VIH” avec le concours de l’ Unicef, nous livre, qu’en 2008, la prévalence des femmes enceintes porteuses du VIH sida était de 1 pour 1000, c'est-à-dire que pour 700 000 femmes enceintes, par exemple, 700 sont porteuses du virus. Notre interlocuteur ajoute : “L’État a fait beaucoup d’efforts et, aujourd’hui, l’on peut dire qu’il est impossible qu’une personne qui arrive au stade de maladie passe inaperçue !”
Cela fait des années que des voix s’élèvent pour mettre en garde l’État contre les signes inquiétants de progression du VIH sida dans notre pays et qu’il était urgent  de mettre en place des politiques efficaces de dépistage précoce du VIH. La forte progression des cas de sida en est la première conséquence. Déjà, en 2005, des médecins d’ Oran disaient que 50% des femmes contaminées par le virus l’étaient lors du mariage. Plus récemment, une association d’Oran expliquait que si  de 1991 à 2004, il n’y avait eu que 14 cas d’enfants atteint du sida, en l’espace de deux ans seulement, de 2005 à 2006, il y a eu 17 nouveaux cas.
Pour M. Abdelhak Mekki, directeur exécutif de la Forem et membre du comité de coordination médicale (CCM), “il y a, en effet, une évolution de la maladie inquiétante…” Et de souhaiter des dépistages  grandeur nature. C’est cette faiblesse du dépistage dans notre pays qui est la cause du rejet par le Global Fun (Fonds mondial contre le sida) de la demande de l’Algérie lors du 8e round, selon notre interlocuteur. L’Algérie avait demandé 50 millions de dollars. “C’est insuffisance technique et mauvaise appréciation de gestion, notamment pour le dépistage, qui ont motivé le rejet du projet pour le 8e round !”
En 2006, un scandale vite étouffé avait éclaboussé certains responsables au niveau du ministère de la Santé ; la Forem justement avait dénoncé les détournements du fonds.
Aujourd’hui, en 2009, qu’en est-il ? Quelle politique et quelle prise en charge pour nos petits gamins qui vivent sans le savoir avec le sida ? Quel avenir auront-ils dans ce pays ?

 


 

Société & Moeurs: La peur de la géolocalisation, c'est un truc de vieux?

Par Matthieu Josse |Slate.fr|18|03|2009| 

La géolocalisation en temps réel, c'est un truc qui fait un peu peur à tout le monde. Et pourtant, vous n'y échapperez pas. Surtout vos enfants. Car cette technologie déjà bien avancée et il n'y a aucune raison que les plus jeunes n'y trouvent pas une utilité sociale.

L'expression «Big Brother» a été mise à toutes les sauces sur Internet, y compris ici, avec la sortie de Google Latitude, une extension de Google Map. Alors de tels services existent déjà (Loopt, Yahoo Fire Eagle ou Friend View), tout le monde s'est jeté — puissance médiatique de Google oblige — sur le sujet avec des avis très tranchés sur cette application de géolocalisation appliquée aux individus mêmes. En résumé, Latitude permet de visualiser sur Google Map la position de ses amis inscrits à ce service. Evidemment, l'utilisateur peut décider qui le localise ou dans quels endroits il sera visible ou pas.

Tout de suite, tout le monde a pensé à un aspect positif (savoir où est son môme) avant de verser dans la parano tendance espionnage (votre femme/mari sait où vous êtes et éventuellement où vous n'êtes pas censé être).

Agiter le chiffon rouge sur ce sujet, c'est oublier un peu vite que dans votre voiture, le GPS, le truc dont vous ne pouvez plus vous passer même pour aller chercher du pain, c'est de la géolocalisation. Certes dans son expression la plus pratique, mais c'est la même chose. Sauf que pour le coup, vous avez l'impression - illusoire - de maîtriser la technologie car c'est vous qui dites à l'appareil où vous allez et que celui-ci vous guide juste pour savoir comment y aller. Et avec le pass Navigo dont vous (si vous êtes Parisien) vous servez pour franchir les tourniquets, la RATP peut savoir à quelle station vous prenez le métro tous les matins, et où vous sortez pour aller à votre boulot (si vous prenez le RER)... Sans compter le téléphone portable. Demandez aux membres du commando Erignac repéré par cette méthode ce qu'ils en pensent.

Pour mieux comprendre l'étendue de cette révolution, il vaut mieux regarder du côté d'une application sociale gratuite comme Aka Aki, sorte de twitter pour mobile bénéficiant d'une fonction géolocalisation. Sur son téléphone, on peut voir si des amis se trouvent non loin. Ça ne les localise pas précisément, ça dit juste s'ils se trouvent à proximité. On peut également savoir si on a croisé des personnes qui ne font pas partie de notre réseau. Des éléments paramétrables si l'on veut restreindre l'accès à son profil. Au contraire de Latitude, c'est surtout moi qui me situe par rapport aux autres, et non l'inverse. Et là, on retrouve une valeur qui sous-tend l'aspect communautaire du web, notamment chez les «digital natives» qui ont déjà intégré ces nouveaux rapports sociaux, effrayants pour la génération précédente.

Vu sous cet angle, on se demande comment Facebook ou Twitter ne vont pas être obligés de proposer ce genre de services. Rapidement.

 


 

Société & Moeurs: LES MALADES HOSPITALISÉS ET LE TÉLÉPHONE PORTABLE. «Dis-leur que je vais bien...»

Par Yasmine Zouaghi |L'Expression|16|03|2009|

«C’est au moment où j’allais sombrer dans le désespoir de ma maladie, au moment où je sentais que la faculté d’être heureux est détruite en moi, que cet objet est venu me rendre le goût de vivre, même si...» Il ne fait pas froid mais Samia grelotte. Quand l’infirmier de garde éteint la lumière, les ténèbres engloutissent la clarté de sa chambre d’hôpital.Un tressaillement envahit le corps frêle de cette adolescente qui se bat depuis une année contre un foudroyant cancer. «Oui, maman je vais bien», dit-elle à sa mère à partir d’un téléphone portable qui reste sa seule attache avec le monde extérieur depuis qu’elle a été hospitalisée dans un centre de lutte contre le cancer à Alger. «Je suis venue de Mascara pour me soigner, ma famille n’a pas pu se déplacer avec moi, alors ce téléphone est notre seul lien.» C’est avec sa voix à peine audible que Samia a décrit l’objet qu’elle ne quitte plus depuis des mois. «Au chevet» de la majorité des malades, le portable a fait son apparition dans les hôpitaux au même moment que dans la société. Près d’un Algérien sur deux en a un dans sa poche. Réservé autrefois aux riches et au milieu professionnel aisé, le téléphone portable s’est banalisé et fait désormais partie des moeurs locales. Les points de vente fourmillent, les offres se démultiplient, le marché est en pleine croissance en dépit de la crise mondiale.

L’Algérie compte près de 22 millions d’utilisateurs de téléphones portables, occupant ainsi la 1re place au Maghreb devant le Maroc et la Tunisie. Selon un classement établi par l’Union internationale de télécommunications (UTI) l’Algérie est devancée par l’Afrique du Sud qui totalise 42,3 millions d’utilisateurs suivie du Nigeria avec 40,4 millions alors que l’Egypte vient en troisième place avec 30 millions. Ces moyens technologiques tant prisés en Algérie raccourcissent les distances, évitent des déplacements, rendent des services, mais adoucissent également la détresse des malades souffrant au sein des hôpitaux. «Je n’aime pas rester assise et me morfondre sur ma situation, ça serait baisser les bras (...) alors je suis en permanence en contact avec mes amies et collègues de travail et mon téléphone n’arrête plus de sonner», dira Radja, cette jeune Algéroise âgée de 26 ans, hospitalisée pour une maladie du foie. Coquette, Radja ne se laisse point aller au désarroi et respire la joie de vivre comme elle le dit si bien. Et son téléphone est pour elle la meilleure façon de le faire. «Je suis fiancée depuis trois mois, et mon fiancé est au courant de ma maladie (...) ça nous a rendu plus forts et rapprochés plus qu’avant, alors on ne se lâche plus et mon téléphone ne se raccroche plus, au point que parfois on n’arrive pas à me joindre», ajoute-t-elle comme pour exprimer avec force sa soif de vivre.
Ils sont des milliers à se déplacer chaque mois d’une ville à l’autre pour se soigner. Loin de leurs familles et de leurs amis (es), ces malades connaissent les moments troubles de solitude dans cet univers médicalisé, où l’on côtoie la mort à chaque bout de couloir. C’est le portable qui rend des services énormes dans ces conditions. «C’est au moment où j’allais sombrer dans le désespoir de ma maladie, au moment où je sentais que la faculté d’être heureux est détruite en moi que cet objet est venu me rendre le goût de vivre, même si...» affirme sobrement, Hakim, atteint d’une tumeur à un stade avancé.
Qu’elle est douloureuse cette journée de mars devant le Cpmc de l’hôpital Mustapha-Bacha pour H.Abdelkader, ce père de famille qui venait de confirmer que son garçon unique âgé de 9 ans est atteint d’un cancer! «Le médecin m’a dit qu’il doit passer des mois à l’hôpital car il lui faut des soins intensifs», se résigne-t-il avant de penser aux déplacements incessants qu’il doit effectuer avec sa femme et ses cinq filles. «Il va falloir lui acheter un portable pour lui parler à chaque moment, pour qu’il ne se sente pas seul», dit-il dans une sorte de résignation face à la maladie. Dans ce contexte, les offres que lancent les opérateurs de la téléphonie mobile sont une bouée de sauvetage aussi bien pour les familles que pour les malades.
Et celle que vient de lancer Wataniya Telecom Algérie (Nedjma), baptisée «Free», tombe justement à pic pour ce genre de situations.
Près de 250.000 cas de cancer sont enregistrés actuellement en Algérie, regroupant ceux qui sont en rémission, ceux qui sont en phase terminale de la maladie et ceux qui sont encore sous traitement, alors que 30.000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année.
Indispensable, nécessaire, et primordial, le téléphone l’est pour cette frange de malades. S’en passer est, pour eux ainsi que leurs familles, synonyme d’une petite mort.
Selma, une mère de famille de 43 ans, hospitalisée pour une lourde opération chirurgicale au coeur, affirme: «C’est un moyen de garder un lien privilégié avec mon mari et ne rien négliger. Bien plus, c’est aussi un moyen de garder un oeil sur les enfants, de leur parler, parfois les gronder lorsqu’ils font des bêtises, ou simplement entendre leurs voix lorsque leur absence devient insupportable», soucieuse de garder sa famille unie malgré son état de santé.
A propos d’enfants justement, ces petits êtres délicats et fragiles, qui n’ont pas été épargnés par la maladie, voient en cet appareil, un nouveau gadget pour égayer leur séjour à l’hôpital.
«Je ne pouvais pas m’en passer (...) j’ai jeté mes autres jeux, car ils m’ennuyaient» confie innocemment Maya, une adolescente de 13 ans, rencontrée à la sortie du service de chirurgie infantile d’un hôpital de la capitale. Maya occupait alors son temps, en s’adonnant à des jeux et en écoutant de la musique que ses frères lui téléchargeaient sur le site Internet de son opérateur préféré, à savoir Nedjma. «C’était tous les deux jours le même rituel, je lui téléchargeais un nouveau jeu et de la musique pour qu’elle ne s’ennuie pas en attendant la sortie» rappelle son frère aîné.
«En plus, elle a de la chance parce que c’est l’anniversaire de Zhoo, alors tout est gratuit pendant un mois», a-t-il ajouté.
Son autre frère, Walid, a indiqué: «Pour nous, c’était rassurant de l’avoir, ma mère et mon père l’appellent tout le temps quand ils n’étaient pas avec elle, et nous aussi, même si les médecins n’aimaient pas beaucoup ça».
«Parfois ils lui disaient de l’éteindre, ou demandaient à mes parents de ne pas le lui laisser, mais elle le gardait toujours», a-t-il ajouté d’un air amusé.
Loin de ce monde hospitalier, dans un autre univers, moins candide, et plus mature, le téléphone portable est parfois associé à la réconciliation.
En effet, apprendre qu’une personne chère a eu un accident, est un drame. Mais lorsque le contact avec cette personne a été rompu depuis longtemps, c’est encore plus bouleversant. Le téléphone portable étant toujours à portée de main, il constitue dans ces cas le meilleur médiateur. C’est ce que pense Hadj Brahim, un sexagénaire rencontré dans un service de cardiologie d’un hôpital de l’Algérois. Tenant à peine debout, aidé de sa canne et avec son fils, Hadj Brahim donne son avis sur ce qu’il qualifie de «machine» en indiquant que «c’est grâce à lui que je suis encore là, j’ai appelé mon fils aîné quand j’ai commencé à avoir mal à la poitrine».
«Et c’est grâce à lui aussi que je me suis réconcilié avec mon frère (...) on s’était embrouillés pour n’importe quoi et c’est au bout de 29 ans, après mon accident cardiaque, que nous nous sommes reparlés», avant d’ajouter «c’est moi qui ai pris la décision de l’appeler et de briser ce silence qui m’a conduit jusqu’ici».
Le témoignage de Hadj Zoubir est encore plus poignant. Ce dernier a perdu sa fille, il y a à peine deux mois, des suites d’un cancer du col de l’utérus.
Divorcé de leur mère et remarié, il ne voyait ses filles que rarement, et ce n’est qu’au stade terminal qu’il a pris connaissance de la maladie de sa fille.
Loin d’elle physiquement et géographiquement, c’est à travers son mobile qu’il a assisté sa fille durant les derniers instants de sa vie, qu’il lui a demandé pardon et qu’il a prié pour elle.
Il raconte: «J’étais à Oran et elle à Alger, j’étais dans le train, lorsqu’on m’a appelé pour me dire que son état s’était aggravé, là, je leur ai demandé de me la passer pour lui parler et nous laisser seuls (...)Je lui ai demandé pardon et prié le Seigneur pour elle.» «Je m’en veux de ne pas avoir été présent à ses cotés (...) mais je me console un peu en me disant que j’ai pu lui parler et lui demander pardon.» a-t-il ajouté avant qu’une larme ne vienne s’écraser sur l’écran de son téléphone portable.


Société & Moeurs: Etre jeune en Algérie. Le temps des extrêmes et des paradoxes

Par Par Fella Bouredji |La tribune|12|03|2009|
Entre espoir et désespoir, le cœur des jeunes Algériens balance. Ils rêvent de grands exploits et se battent pour y parvenir. Ils n’ont peur de rien. Ni des patrouilles de gardes-côtes qui pourchassent les harraga, ni les gendarmes et flics qui traquent les fous de Dieu suicidaires, encore moins du regard rébarbatif des conservateurs offusqués par le libertinage et la consommation de substances illicites.
Ils vivent leurs espoirs avec la même force qu’ils retiennent leur désespoir. Violences, chômage, marginalité sociale, émigration clandestine, terrorisme, vide identitaires, perte de repères, autant de forme que peut prendre leur énergie débordante mais aussi leur consternation grandissante. Ils sont au cœur de l’actualité. Mais il a fallu attendre qu’ils expriment leur présence par la violence, et la mort pour entendre résonner des discours sur leur condition de la part de nos dirigeants. Des discours qui n’ont pas pu saisir la gravité de la situation, ni proposer les moyens d’en sortir mais qui marquent peut-être un début d’éveil…
Dans cette Algérie de tous les doutes où vivent près de 36 millions de personnes, les distances entre les différentes classes sociales ne cessent de se creuser, et approcher les jeunes reste le meilleur moyen de le constater. Dans la capitale où se concentrent des Algériens venus des quatre coins du pays, il est très aisé de s’en rendre compte. Il suffit de tendre l’oreille et d’ouvrir les yeux pour voir les différences se dessiner d’une frange à une autre.
Des franges qui vivent dans la même société mais qui ne partagent pas les mêmes réalités, les mêmes préoccupations, pas même une culture unique et aux contours clairs ! lorsqu’on s’intéresse aux loisirs des jeunes, ce constat simple prend des proportions impressionnantes.
Ceux qui n’ont pas opté pour les voies extrêmes de l’émigration clandestine ou du terrorisme expriment leurs hésitations entre espoir et désespoir autrement. Qu’ils soient riches ou pauvres, issus de milieux conservateurs ou plutôt modernes, leur façon de s’amuser est significative. La Tribune a entrepris d’aller à la rencontre de quelques-uns de ses différents groupes. Et pour ce faire, il a fallu attendre la nuit… car ils sont nombreux à attendre ce moment pour profiter de l’insouciance de leur âge. Même si ses rues sont désertes, Alger la nuit, palpite au rythme d’une vie insoupçonnable. Dans les discothèques de la capitale, les jeunes s’oublient dans l’alcool -devenue une consommation banalisée-, les rythmes effrénés de la musique, des corps qui dansent en anéantissant toutes les contraintes qui pèsent sur leur désir de liberté. Des jeunes qui présentent des visages plein d’espoir le jour quand ils sont à la fac ou au travail, mais adoptent des attitudes pleines de désespoir une fois la nuit tombée dans ces night-clubs où ils boivent et rient sans retenue pour masquer une détresse indéniable.
D’autres jeunes vivent la nuit à Alger, différemment, mais ceux-là ne sont pas mixtes et se contentent de qaadate- parfois soft et d’autres fois relevées par quelques joints de zetla autour d’un jeu de cartes ou de dominos, dans un des coins de Bab El Oued, Bachdjarah ou encore Birkhadem.
Des jeunes qui trompent leur désespoir pour mieux retenir l’espoir du changement. D’autres encore restent tranquillement chez eux à défaut de trouver un espace pour les accueillir. Pour ceux-là, ou devrait-on plutôt dire pour celles-là, la jeunesse est un concept vague qui ne résiste pas au poids des traditions. La situation ne peut être réduite à ces seuls exemples quoique représentatifs mais quoi qu’on en dise, ils appellent les mêmes questionnements.
Les jeunes hésitent et vacillent entre espoir et désespoirs, même s’ils n’ont pas les mêmes repères culturels. Des repères culturels qui changent d’une catégorie à une autre  Certains ont pour référence l’Occident alors que d’autres se laissent influencer par l’Orient.
Il y a aussi ceux qui gardent un juste milieu. Et d’ailleurs, est-il normal que, dans un même pays, il y ait des jeunes aux références culturelles aussi contrastées, voire opposées ? Au vu de la dynamique de mondialisation actuelle, peut-on encore parler aujourd’hui d’un modèle social algérien, avec ses repères et ses référents ?
 La situation présente du pays a poussé beaucoup de jeunes à opter pour l’émigration, qu’elle soit clandestine ou régulière, d’autres à faire contre mauvaise fortune bon cœur en essayant de s’en sortir comme ils peuvent en Algérie, d’autres encore sont plongés dans l’inertie et n’ont même pas la chance de pouvoir vraiment hésiter entre espoir et désespoir …  

 


 

Société & Moeurs: 80% des Algériennes portent le hidjab.

Par Mohamed Sadek Loucif |L'Expression|03|03|2009|
Dans une société en perte de repères, le voile est perçu comme un élément protecteur et libérateur. «Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis» disait Paul Eluard. Près de huit femmes sur 10 et six adolescentes sur 10 portent le hidjab. La tendance au sein de la société est vers l’uniformisation de la tenue vestimentaire féminine. C’est ce qu’a révélé l’étude sur la «connaissance des droits des femmes et des enfants: opinions, attitudes des Algériens adultes et adolescents» effectuée par le Centre d’information sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef).L’idée répandue est que le dogme religieux et le poids de la tradition sont les facteurs qui favorisent le plus le port du voile au niveau des groupes sociaux algériens.

Sauf que la rigueur scientifique ne s’encombre pas de préjugés. Ainsi, il est démontré que souvent, les femmes et les adolescentes portent le hidjab pour...pouvoir circuler librement.
D’autres femmes ont affirmé qu’elles se voilent «parce que tout le monde le fait». Par «mimétisme», les femmes portent le hidjab pour se conformer aux règles de l’entourage. Pour sa part, Me Nadia Aït Zaï, présidente du Ciddef considère que «le port du hidjab est perçu comme un signe, à la fois protecteur et libérateur. Protecteur parce qu’il est érigé par la société, notamment par les parents, comme un mécanisme de défense afin de protéger leurs filles d’éventuelles agressions auquelles elles sont exposées une fois qu’elles aient quitté le cadre familial. Libérateur car il offre aux femmes la possibilité de sortir de chez elles».
Cette perception est remise en cause par Me Aït Zaï qui a estimé que «la protection des citoyens, hommes et femmes, échoie aux institutions du pays». Décryptés, les propos de Me Aït Zaï mettent l’accent sur un problème de fond: la liberté conditionnelle accordée à la femme dans une société écartelée entre une ghettoïsation sécurisante mais, stérilisante et une importation effrénée de concepts occidentaux «clefs à la main». Pourtant la femme demeure le vecteur principal de notre culture orale. A ce titre, M.Belhouas, marié et père de deux filles, a ciselé cette citation lourde de sens: «Sois une femme et élève le monde, sois un homme et soulève le monde.»
Parmi les raisons qui poussent les femmes à porter le hidjab, l’étude du Ciddef a énuméré «les obligations familiales» et, fait révélateur, «l’influence des médias». Ainsi, deux femmes et deux adolescentes sur 10 ont avoué avoir porté le hidjab sous l’influence des émissions les ayant invitées à le faire. Sur une échelle descendante, un tiers de femmes et 24% d’adolescentes ont cité d’autres facteurs qui les ont déterminées à se voiler. Il est question d’arguments religieux, de la nature pudique de la tenue et de la tradition.
Par ailleurs, le terrorisme, quoi que l’on dise, semble avoir joué un rôle secondaire dans le choix de la tenue vestimentaire chez les femmes. Un autre indice révélateur, le hidjab traditionnel semble céder du terrain au hidjab actuel. Sur ce plan, l’enquête a révélé que 40% des femmes âgées entre 40 et 69 ans ont troqué le haïk contre le djilbab.
Cela dit, la question du port du hidjab renvoie à l’impératif d’une définition honnête et sereine de l’identité nationale. Donc, le problème est essentiellement culturel.

 


 

Société & Moeurs: 10 ans de réclusion pour un pédophile.

Par Rachid Boutéflis |El Watan|22|02|2009|
Dos voûté et la tête baissée, l’accusé s’avance d’un pas rapide vers le prétoire. A un moment donné, il passe sa main sur son crâne dégarni rongé par un début de calvitie. Ses petits yeux de furet balaient furtivement la salle d’audience avant de les poser sur le président du tribunal criminel. A.B.Abdelkader, âgé de 57 ans, comparaissait le 11 février dernier pour répondre du principal chef d’accusation d’attentat à la pudeur sur mineur.Selon les faits consignés dans l’arrêt de renvoi, ce quinquagénaire a fait subir des sévices sexuels à huit garçonnets, dont l’âge varie entre 9 et 11 ans et ce, en l’espace de quatre mois. Pour satisfaire son besoin bestial, il usait d’un subterfuge en se faisant passer pour un professeur de musique. Généralement, il demandait à ses victimes de l’aider à porter ses instruments en contrepartie de l’enseignement d’une leçon. L’accusé disposait d’une masure aux abords de la bourgade de Cheklaoua dans la banlieue est d’Oran. Son lieu de prédilection était les alentours immédiats des établissements scolaires essaimés dans le faubourg de Petit Lac, à quelques encablures de ladite bourgade. Ses instruments de musique constituaient l’appât idéal contre les enfants rêvant de devenir un jour musicien. Dans un premier temps, il les invitait à chatouiller les cordes de sa guitare avant de leur demander s’ils étaient en mesure de lui donner un coup de main. Les résultats de l’enquête de la gendarmerie ont fait ressortir que l’accusé ligotait ses victimes avant d’abuser d’elles. La majorité ont été sodomisés. Seuls les parents d’un garçonnet, B.M., 11 ans, victime de ce pédophile invétéré, ont décidé de briser les tabous pour se présenter au procès. L’acte d’accusation faisait, en effet, état des déclarations de sept autres victimes qui, pour des raisons que l’on devine, étaient absentes à l’audience.

Les rapports d’expertises médicales des huit enfants attestaient des violences sexuelles. « Vous avez écouté la lecture de l’arrêt de renvoi ? Qu’avez-vous à dire ? », interroge le président en le jaugeant. D’une voix fluette, l’accusé rétorque : « C’est une histoire montée de toutes pièces. Je suis innocent Monsieur le juge. » « Vous avez pourtant donné certains détails correspondants point par point aux déclarations des victimes. Ce sont vos propres aveux formulés devant le magistrat instructeur », fait remarquer le président. L’accusé balbutie : « Je souffre d’une maladie psychique, je ne me souviens pas ce que j’ai dit au juge d’instruction. » Le président appelle la victime, B.M., le garçonnet, à la barre. Escorté par son père, l’enfant s’approche du prétoire, l’air effarouché, en évitant de regarder en direction de l’accusé, qui avait rentré la tête dans ses épaules. « Est-ce bien lui ? », demande le magistrat au garçon. « Oui monsieur. Il m’a dit qu’il allait m’apprendre à jouer de la guitare. Quand il a terminé avec moi, il m’a remis 50 DA », répond-il après avoir frôlé du regard son bourreau. Le représentant du ministère public a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle après avoir mis en évidence ce qu’il a qualifié « d’horreur ». Au terme des délibérations, le tribunal criminel a condamné l’accusé à une peine de 10 années de réclusion.

 


 

Société & Moeurs: Comment le Hidjab est arrivé au Maghreb.

Par D.Benchenouf |Le Quotidien d'Algerié|14|02|2009|
Les lignes qui suivent ne sont inspirées par aucune autre préoccupation que d’apporter mon propre témoignage sur une période de l’histoire de mon pays.Le président Bouteflika ne pouvait pas si bien dire lorsqu’il affirma récemment, dans un discours à la nation, que le hidjab n’était pas algérien. Il a juste oublié de préciser que c’est son patron et néanmoins compère, le président Boumediene, qui avait introduit cet uniforme religieux en Algérie, de façon quasi officielle.

Dans la longue quête de l’affirmation identitaire et de la libération, les nationalistes algériens avaient abouti, presque naturellement, à faire de l’Islam le ciment de la nation. “Allahou Akbar” deviendra le cri de guerre des combattants pour l’indépendance. Ceux ci étaient considérés comme des “Moudjahidine”(combattants de la foi). Ceux qui tombaient au champ d’honneur étaient des “Chouhadas”(martyrs de la foi). Ce fut le cas depuis le débarquement des Français en Algérie en juin 1830 jusqu’à leur départ, en juillet 1962.

Après l’indépendance, l’usage de la religion à des fins politiques, entra désormais dans la logique de la récupération et de la manipulation des masses. Il connut d’autres prolongements, comme ces velléités schizophréniques du Président Ben Bella de censurer les mœurs, conformément à certains préceptes coraniques, en même temps qu’il faisait de vaines tentatives d’autogestion copiée sur le modèle soviétique.

La mise en avant d’une personnalité arabo-musulmane qui reniait de façon absurde le vieux fonds berbère et les aspirations modernistes des élites, en majorité francophones, restait malgré tout une simple façade.

L’administration et l’enseignement continuaient à fonctionner en Français. Le chef de l’Etat lui-même, utilisait cette langue dans la plupart de ses discours. Le journal télévisé était en français et même la justice était rendue dans cette langue, ce qui était un comble en soi, puisqu’elle aurait pu utiliser l’arabe dialectal dans les régions arabophones, et le berbère dans les régions berbérophones. Du moins, en attendant de trouver un consensus nationale sur la question.

Les mœurs des premières années de l’indépendance restaient, malgré certaines restrictions, très libres, plus conformes au poids des traditions séculaires qu’à celui de la timide censure officielle.

Dans les villes, celles parmi les femmes qui ne portaient pas le voile traditionnel, très spécifique pour chaque région du pays, s’habillaient à l’occidentale. Elles étaient relativement nombreuses par rapport à la population urbaine de l’époque. Il était très normal pour de nombreuses citadines, accompagnées ou non, d’aller au cinéma, au théâtre, aux spectacles divers qui étaient donnés à l’époque; ce qui serait inimaginable et très mal perçu aujourd’hui.

A la campagne, les mœurs étaient relativement plus rigides, parce que les conditions matérielles, très difficiles, ne permettaient pas de s’adonner aux loisirs. Mais les fêtes familiales étaient souvent le prétexte qui permettait aux femmes de prendre leur part de divertissement, de danser, de chanter, d’assister au spectacles de musiciens du terroir, à la fantasia etc.

En 1962, il y avait environ 500 salles de cinéma, de nombreux théatres, pour dix millions d’habitants. Il n’y en a plus qu’une dizaine aujourd’hui, dans tout le pays. C’est dire!

Le régime avait une sainte horreur du spectacle public en général, pour tout ce qu’il véhiculait comme idées ” subversives “. Il a tué à petit feu le cinéma algérien et le théâtre. Par contre, les mosquées, qui étaient autant de lieu pour sa propagande, étaient évidement l’objet de soutien attentif.

Les mosquées, beeaucoup plus rares qu’aujourd’hui, étaient moyennement fréquentées, mais la piété n’y était ni un vain mot, ni un effet de mode, en ce temps là.
Les gens qui faisaient la prière avaient une sorte d’aura et jouissaient de la considération générale, mais sans que cela ne leur confère un quelconque droit de regard sur les mœurs de ceux qui ne la faisaient pas. Un esprit de tolérance régnait dans le pays. Il est vrai que ce n’était pas toujours très gai pour les femmes dans une société qui restait somme toute machiste et très conservatrice. Mais elle reposait sur des valeurs aujourd’hui disparues.

Les Algériens recouraient rarement à la corruption. On ne voyait jamais de simples fonctionnaires ériger ouvertement des villas alors que leurs revenus ne le leur permettaient pas. Le travail était sacralisé. Ceux qui avaient de l’argent n’étalaient pas leurs richesses. Les gens étaient sobres. La famille avait beaucoup d’importance. Il existait entre les gens une vraie solidarité et la pudeur n’était pas un vain mot.

Les arts populaires et l’artisanat foisonnaient. Jusque dans le début des années 1970, à Constantine par exemple, des artisans étaient réunis par corporations et par ruelles, dans la vieille ville. Dans tout le pays, Aurès, Kabylie, Sahara, Tlemcen, Alger, Blida, Médéa, Miliana, Bougie, Ghardaia, toutes les villes du Sahara et tant d’autres localités, étaient réputées pour leur artisanat, particulièrement vivace. Et authentique.

Malgré la grande pauvreté des populations et la confiscation du pouvoir par ceux qui allaient mener le pays à sa ruine, un vent de modernisme soufflait sur le pays. Les Algériens qui avaient su rester eux même et qui évoluaient en restant attachés à leurs racines, étaient portés par le désir d’une vie meilleure. Ils sortaient d’une longue nuit coloniale pendant laquelle ils devaient se contenter de vivre dans le caniveau pendant que les maîtres se vautraient dans le luxe. Libérés, ils croyaient le moment venu d’accéder au confort moderne, tout simplement, habiter dans une maison lumineuse, envoyer leurs enfants à l’école, avoir de l’eau courante, de l’électricité. Accéder à la science, sortir de la léthargie.

Je me rappelle de cette période comme d’une aurore de douce lumière et de rosée.

Jusque là, avant, pendant et après l’indépendance, les nationalistes comme les tenants du pouvoir s’étaient donc limités pour un usage de l’Islam comme d’un ciment, une sorte de vague référent socio-idéologique. Ce fut un choix qui porta ses fruits, puisque cela a permis d’unir tous les Algériens autour d’un même destin. Mais personne n’en avait encore fait, de façon délibérée et intégrale, un outil au service d’une politique de domination. Même Ben Bella qui fera appel à des centaines d’enseignants égyptiens qu’il injectera dans l’enseignement primaire, ne franchira pas le pas.

Boumediene allait le faire ! Cet homme s’était toujours distingué par sa propension à opposer des forces à d’autres, pour asseoir et renforcer son pouvoir.

Dès la deuxième moitié des années soixante, des forces de gauche commençaient à exprimer, allant crescendo et de diverses façons, leur hostilité à un régime dont elles devinaient qu’il se révélerait catastrophique pour l’avenir du pays. Boumediene, dictateur éminemment paranoïaque, et grand manipulateur devant l’éternel, utilisa, sans compter, les services de la sécurité militaire et de réseaux dévoués de tueurs privés, comme celui de Messaoud Zeggar, entre autres, pour neutraliser tous ceux qu’il mettait dans le sac de “la réaction interne et externe”. Des sacs qui finissaient au fond de l’eau, au large de la baie d’Alger et qui allaient rejoindre les “crevettes de Bigeard”.

Il usa aussi d’une vile corruption, jusqu’à acheter, en argent sonnant et trébuchant, le silence honteux de la plupart des “historiques” encore vivants. Ceux qui refusaient la soupe n’avaient plus le choix qu’entre partir ou mourir. Encore que partir ne les mettait pas à l’abri de son ire. Curieusement, entre autres opposants préstigieux à son régime, se trouvaient Messali El Hadj, celui qui avait conçu l’emblème national, et Mufdi Zakaria, le parolier de l’hymne national. C’est dire!

Mais en parallèle de la représsion et de la corruption, il allait mettre en branle ce qu’il croyait être du machiavélisme de haut vol, mais qui se révèlera un bidouillage d’apprenti sorcier dont le pays ne se relèvera pas.

La contestation montante venait surtout des milieux estudiantins et des milieux ouvriers, dont certains avaient une longue pratique syndicaliste et qui étaient réputés pour avoir tenu tête au colonialisme français, comme les cheminots, les dockers, les employés de l’électricité et gaz d’Algérie et d’autres encore.

Boumediene désamorcera la contestation ouvrière d’une façon radicale ! Il mettra progressivement en branle un système de rente généralisée, qui finira, en 1971, par aboutir à la fameuse Gestion Socialiste des Entreprises (GSE). Cela consistait à accorder aux salariés du secteur industriel public, grâce aux ressources des hydrocarbures et au recours à la planche à billets, bien plus qu’ils ne pourraient jamais revendiquer. Comme la distribution de bénéfices fictifs dans des entreprises déficitaires, renflouées à grands renforts de crédits bancaires, de primes de rendement individuel et collectif pour des productions quasi nulles et de qualité exécrable. Tous les effectifs des entreprises publiques étaient pléthoriques. Pour ne pas laisser des mécontents potentiels au chômage. Les gestionnaires n’avaient aucun pouvoir de décision et servaient de boucs émissaires ou de fusibles, en cas de tension. Toute la gestion était confiée à des commissions, composées majoritairement de travailleurs salariés, et tout ce beau monde passait son temps dans des réunions interminables ou dans des assemblés générales pour applaudir des discours creux.

L’UGTA avait mission d’encadrer et de surveiller ces centaines de milliers de salariés qui étaient payés pour ne rien faire. Ce syndicat historique et dont de nombreux militants avaient donné jusqu’à leur vie, allait devenir une sorte de réseau d’indicateurs et d’encadreurs de marches de soutien au régime. Les millons d’ouvries avaient des salaires, mais qui ne leur servaient à rien d’autre qu’à subsister, puisque le marché était vide de tout. Sauf pour la nomenklatra.

L’autre coup monté pour neutraliser les opposants de gauche, notamment parmi les intellectuels et les étudiants, qui étaient l’objet d’une campagne sournoise, et que le régime faisait passer grossièrement pour des communistes athées, allait consistait à utiliser l’Islam comme moyen de contrôle et d’embrigadement des populations.
Une politique d’arabisation précipitée et rancuneuse, destinée surtout à dégrader les élites francophones hostiles au régime et à les évacuer des postes clés, allait devenir le véhicule du conditionnement et de l’abrutissement systématique des masses.

Il est utile de signaler que ce n’est pas l’arabisation en soi qui était un mauvais choix, car ce serait là un raisonnement réducteur et de l’anti-arabisme primaire. C’est la façon dont elle a été assénée aux algériens, tambour battant et avec des arrières pensées qui se révélèrent autant de germes de la discorde. Les résultats sont d’ailleurs vérifiables aujourd’hui. Le système tout entier ne générait plus rien que de la médiocrité. Les imams avaient déjà été constitués en une sorte de corporation professionnelle relevant de la fonction publique. Les prêches du vendredi, les mêmes pour toutes les mosquées du pays, étaient rédigés par des fonctionnaires du ministère des affaires religieuses. Certains étaient suggérés par le chef de l’Etat lui même.

Dans le cycle primaire, les cours de morale et d’instruction civique furent supprimés pour être remplacés par des cours d’instruction religieuse, particulièrement réducteurs. Le petit élève n’apprenait plus à devenir un citoyen responsable et nourri de valeurs civiques universelles, ni même musulmanes, mais il connaissait par cœur l’histoire de Jonas dans le ventre de la baleine et la patience de Job.

L’Union Nationale des Etudiants Algériens( UNEA) était devenue une cible urgente. Boumediene s’en occupa personnellement, usant à l’égard des meneurs, de la carotte des études à l’étranger ou du bâton de la prison, de la torture et de la liquidation. Il décida enfin de la dissolution de cette prestigieuse organisation estudiantine et de son remplacement par des unions d’étudiants aux ordres. Al’instar de toutes les “organisations de masse”.

Mais avant cela, à la fin des années 60, Boumediene décida de la création des Instituts islamiques. Pour contrer l’action des communistes au sein des populations.

Ce fut le tournant.

L’Islam ambiant, qui restait totalement en marge du pouvoir, même si la constitution du pays en faisait la religion de l’Etat, allait, désormais, emprunter les chemins sinueux qui le mèneront progressivement à l’islamisme militant et à la course au pouvoir.

Ces instituts, d’un genre particulier, dispensaient à des élèves des deux sexes, dûment séparés, car la mixité y était proscrite, des cours constitués essentiellement de matières dites de “sciences religieuses”.

En fait, cet enseignement, dont le programme subliminal échappera même aux censeurs sourcilleux du régime, était axé sur un véritable endoctrinement intégriste.

Les enseignants, importés d’Egypte et du moyen orient, et qui faisaient contrepoids aux coopérants techniques venus d’occident, appartenaient souvent au mouvement des “Frères Musulmans”.

Les étudiants destinés à être des imams, des enseignants et des fonctionnaires de l’administration de la religion, seront formés à l’emporte pièce de l’exaltation religieuse et deviendront plus tard les outils aveugles et fanatisés de milieux divers, depuis la CIA jusqu’au DRS.

La grande innovation de ces instituts islamiques et dont les effets feront, plus tard, tâche d’huile dans tout le Maghreb, sera l’obligation pour les élèves de sexe féminin du port du Hidjab.

Les Algériens allaient être surpris de découvrir, du jour au lendemain, en 1968, des jeunes filles habillées d’une sorte d’uniforme bleu, composé d’une sorte de djellaba et d’un foulard qui ne laissait apparaître que le visage. Cet accoutrement, fourni gratuitement par le ministère des affaires religieuses et dont les patrons avaient été importés d’Egypte, ressemblait à celui des sœurs religieuses catholiques.

Le hidjab faisait son entrée dans le Maghreb.

Aujourd’hui, Il triomphe.

Il a éclipsé le voile de nos ancêtres. Les Algériennes ne portent plus la m’laya, le haïk, le m’ramma, le k’sa, la melh’fa, le chènn.

Ce n’est pas un mal en soi, puisque, quoi que l’on en dise, une majorité d’Algériennes le portent par choix, par conviction, sans y être forcées, contrairement à ce que tentent de le faire accroire certains mouvements féministes tonitruants, qui participent de l’islamophobie ambiante et qui font de ce genre de phénomène, un juteux fonds de commerce.

Mais beaucoup d’Algériens, dont les propres épouses, les filles et les sœurs portent l’incontournable hidjab, l’ont ressenti comme une intrusion dans leur vécu, comme une altération de leur identité, comme la disparition d’un monde qu’ils ont aimé. D’autant que le port massif du hidjab n’a pas apporté qu’un regain de piété. Loin s’en faut, puisque les mœurs n’ont jamais été aussi dissolues.

Depuis, le hidjab a évolué. Il s’est adapté à lla dévotion des unes ou à la coquetterie des autres.

Certaines portent comme un fier étendard le “niquab” ou le “djelbab” noir avec voilette intégrale et gants en plein été.

D’autres l’accommodent au goût du jour et le portent en couleur, parfois même échancré, collant et suggestif.

Mais qu’on le veuille ou non, le hidjab est un phénomène de société.

Qu’il soit un uniforme, un signe de ralliement, un accoutrement identitaire, un phénomène de mode ou un cache misère, le hidjab s’est impose aujourd’hui dans toutes les couches sociales, dans le sens littéral du verbe, jusque dans les communautés maghrébines immigrées en occident.

Faut il en remercier Boumediene ?

 


 

Nouvelles Sociales: « Adieu Paris » ou la profession de foi du Kabyle agonisant.

Par Idir Hocini |Blondy|23|12|2008|


Venu mourir au bled entouré des siens, un vieil homme méritant mais oublieux de l'islam, récite un étrange verset. Idir rapporte l'histoire.Pour ne pas changer, je vais vous raconter ma vie, ou plutôt celle de mon village, au bled. On a eu un mort au douar dernièrement, dont l’histoire a fait le tour de la région pour atterrir dans mes oreilles de Bondynois. Un brave type, ce vieux monsieur, qui a passé presque toute sa vie à travailler en France et qui est venu passer ces derniers jours au pays. Un vrai highlander du Djurdjura, le bonhomme, un immortel. Plusieurs fois, la mort est venue le chercher, mais toujours son corps décharné de Kabyle des montagnes s’est extirpé de l’étreinte mortelle de la grande faucheuse.

"Extirper", le mot est bien choisi, dans sa jeunesse à Tlemcen, puis plus tard en France, par deux fois, il a été mis en terre, et à chaque fois, avant que la fosse ne soit rebouchée, il s’est réveillé de catalepsie, à la panique générale des différents cortèges qui l’accompagnaient.

Ils sont comme ça, nos vieux qui ont grandi sous l’ère coloniale, avec l’eau chaude et l’huile d’olive pour seul médicament ; ceux qui passent la vingtaine sont increvables. Mortalité infantile aidant, en ce temps-là, il fallait au moins deux enfants pour faire un homme. Ceux qui survivent sont des lions, ou des lionnes… Sa mère, par exemple, a été précédée de six frères et sœurs morts en bas âge. La vie était dure, le douar ne connaissait de la France que les treillis, et on ne donnait pas de tickets de ravitaillement aux enfants de fellagha. Pour revenir au défunt, mon village, ce n’est ni la douce France, ni Tlemcen-la-bucolique. Que l’on soit Jésus ou Duncan McLéod, la mort de Tazmalt ne pardonne pas ! Jamais de deuxième chance à Moustique city. Les gens de Tazmalt, c’est un peu comme les Bondynois mais en pire, ils ne font rien comme les autres. Après un bon demi-siècle passé en France, cet enfant du village est allé mourir au pays avec sa pension de ministre, une retraite de Citroën faisant de vous un nabab au bled. Sa famille n’avait de cesse de l’exhorter à finir ses vieux jours de la meilleure des façons, en homme de foi soumis à Dieu son créateur. Mais sans être le dernier des débauchés, ce vieil homme ne priait pas, n’avait pas fait son pèlerinage à La Mecque, et au crépuscule de sa vie, il confondait la mosquée avec le PMU. Décidément, notre ami voulait mourir en bon kabyle, donc en mauvais musulman…

Il faut savoir que le Kabyle est un être quelque peu radical : avec lui, c’est tout ou rien. Barde amoureux ou lanceur de haches visant le crâne du voisin pour dette d’honneur, ouléma ou bien mangeur de cochon. Passons. La vie parisienne avait fait quelque peu oublier à notre chibani la religion de ses ancêtres. Quel scandale, mes frères ! Issu d’une bonne famille maraboutique, sa conduite déplaisait à ses proches qui s’épuisaient inutilement en prêches. Il ne troquera pas son vieux béret contre une chéchia, ni son complet bleu contre un sarouel – le pantalon du bled dont la coupe fait penser qu’on a fait caca dedans – un point c’est tout !

La mort a fini par le cueillir, la vraie, celle de Tazmalt. Cette fois-ci, il ne refera pas le coup du ressuscité, c’est signé ! Sur son lit de mort, le clan se presse autour de lui, le sommant de lever l’index avant le dernier soupir en récitant la profession de foi du musulman, celle qui lui permettra de comparaître au jour du jugement dans la communauté des croyants. Après tout, il est né dans l’islam, il croit en Dieu, sa vie n’était pas mauvaise, remplie de bonnes actions. Il s’est exilé pour nourrir sa nombreuse famille jusqu’à la retraite et bien au-delà. Dieu lui pardonnera sans doute les deux ou trois piliers qui manquent à sa foi.

A force de harcèlement, la volonté du mourant décline enfin. Dans un dernier geste, il lève son doigt et jette un regard vers les cieux. Des you-you retentissent, la joie se lit sur les visages de sa famille, mais bientôt le silence s’installe, car tous veulent entendre la phrase rituelle qui sauvera son âme, l’imam est d’ailleurs là pour en témoigner. Le moribond se redresse une ultime fois, l’index dressé, et clame sa profession dans un français devenu soudain des plus parfait : « Adieu Paris ! »

 


 

Nouvelles Sociales: Relations conjugales. Mon époux est peu attentif.

Par D.Soltani |Midi Libre|20|12|2008|


«Mon mari est peu attentif. D’ailleurs, je doute fort qu’il sache ce que sont les petites attentions. Pour lui, ses sentiments s’expriment différemment. Il dit m’aimer, mais je ne ressens pas qu’il s’inquiète trop pour ce que je ressens. Il n’essaies pas de me faire plaisir en me surprenant ou en me demandant ce qui me rend heureuse. Je ne suis point heureuse et j’en souffre de cette situation. Même lors de nos rapports intimes, je sens qu’il se concentre plus sur son plaisir que le mien.Il ne fait rien pour que j’atteigne le paroxysme du plaisir avec lui et me tourne le dos pour dormir. Je suis écoeurée par son attitude égoïste. Lorsque je lui parle de ce que j’éprouve, il me demande de cesser de dramatiser et dit m’aimer. Il promet souvent de se remettre en cause, mais sans jamais tenir son engagement. Je désire qu’il change. Que faire ?»
Naya
La première chose à faire serait peut-être que vous, de votre côté, vous mettiez au clair ce que vous attendez de votre partenaire. Quelles sont clairement ces petites attentions que vous attendez et êtes-vous certaine que cela comblerait votre manque ?
Il parait que votre mari, tout comme nombreux d’ailleurs, a une conception différente de l’amour. De ce fait, il croit vous aimer et prendre assez soin de vous. Or, vous voulez être aimée autrement. Et cette façon, lui, il l’ignore. Il se peut que votre mari soit réellement peu attentif. Votre tâche maintenant est de le mettre sur la piste de ce que vous qualifiez volontiers de petites attentions. Aujourd’hui, ça ne peut pas fonctionner puisque votre mari ne comprend pas ce que vous voulez et de votre côté, vous ne voyez pas clair les attentions qu’il vous témoigne. C’est un dialogue de sourds qui ne fait que vous dresser l’un contre l’autre. Vous êtes en manque de quelque chose, mais de quoi exactement !? Parfois, on attend de l’autre qu’il soit dans notre tête, qu’il devine le moindre de nos désirs, et on ne veut pas le lui dire parce que justement ce qu’on attend c’est qu’il le comprenne tout seul. Pire, ça permet de jauger l’amour, s’il ne comprend pas c’est qu’il n’est pas assez à l’écoute, pas assez intéressé et peut-être pas amoureux. Il faut sortir de ces attentes et accepter que l’autre soit autre, différent et certainement pas devin. Egalement, vous devez instaurer un dialogue entre vous deux, un véritable dialogue et non vous contenter de bribes de mots, de reproches qui ne veulent absolument rien dire et qui, sur le long terme peuvent nuire à votre relation conjugale. Quant à savoir s’il peut changer, vous avez raison, il faut le vouloir, mais avant cela, il faut être conscient que quelque chose ne va pas et avoir en tête ce qu’on aimerait devenir. Or, à ce jour, je ne pense pas que votre mari en soit là. Aujourd’hui, il vous appartient d’analyser ce qui se déroule dans votre couple et apprendre à mettre des mots sur les maux.

 

 


 

 

Nouvelles Sociales: Khelifa, Al-Qaïda, Harragas : Ces Algériens détenus à londres.

Par S.L.K |10|11|2008|


La face sombre de la communauté algérienne au Royaume-Uni est illustrée par le parcours chaotique de dizaines de compatriotes qui ont sacrifié leur rêve de l’eldorado en empruntant le chemin du crime. Comment des jeunes, à la dérive, se sont retrouvés un jour derrière les barreaux pour des affaires de terrorisme et de délinquance. Et comment d’autres, sans papiers, endurent leur détention, parfois très longue.

Portraits croisés.

Quand nous le rencontrons, Abderrahmane est en liberté depuis quatre jours. Il a passé trois semaines au pénitencier de Pentonville, au nord de Londres pour avoir été pris en flagrant délit de vol de vêtements. Cette sanction est sans doute la plus légère dans son palmarès. Depuis son premier larcin, il y a dix ans, Abderrahmane a fait l’objet d’une vingtaine de condamnations, dont quatre l’ont conduit tout droit derrière les barreaux. “Cette fois, c’est la dernière. Je ne volerai plus”, promet-il, l’air grave. Par crainte de ne pas paraître crédible, il révèle avoir reçu un avertissement de l’administration pénitentiaire, le menaçant de le renvoyer en Algérie, si jamais il est pris encore la main dans le sac. Bien apprêté et ayant de bonnes manières, Abderrahmane passerait pour tout, sauf pour un voleur. “Je gérais un coffee shop dans un centre commercial”, confie-t-il, aiguisant un peu plus la curiosité autour de sa triste mue. D’employé modèle à chapardeur, Abderrahmane n’a fait qu’un faux pas. Un jour, il a basculé dans le milieu de la drogue et du jeu.
Quand il était encore en Algérie, le jeune homme ignorait tout du monde vaporeux des stupéfiants. Venu en Angleterre pour assouvir ses rêves de réussite, il est appliqué et astucieux. À l’instar de tant d’autres, il acquiert des faux papiers qui lui permettent de décrocher un emploi. Recruté comme simple serveur, il monte très vite en grade et devient le responsable du coffee shop. Plein d’optimisme, il espère même régulariser sa situation administrative. Mais le diable se met sur sa route. “J’ai fait de mauvaises rencontres”, avoue-t-il d’une voix basse. Quelque temps après, il perd son travail. N’ayant plus de ressources pour se procurer ses doses de drogue et jouer, il se transforme en voleur. Lors de son dernier séjour à Pentonville, il a rencontré 6 autres Algériens. Mohamed Nacer, responsable de Arab Advice Service (ANB), une organisation d’aide juridique au profit des étrangers, dont les Algériens, évoque un nombre de pensionnaires beaucoup plus important. Selon lui, cette prison, située non loin du quartier algérien de Finsbury Park, héberge 52 compatriotes. “Beaucoup ont été arrêtés lors de la rafle de la police et des services de l’immigration dans la localité en mars dernier. Cette opération très médiatisée avait mobilisé 600 agents. Des passeports et des permis de conduire falsifiés, du matériel électronique ainsi que de l’héroïne avaient été saisis au cours de fouilles opérées à certaines adresses. Aujourd’hui, vous ne voyez plus personne rôder ici. La police veille au grain. D’ailleurs, il n’y a plus de vols comme avant”, note un commerçant. Selon lui, la délinquance est un sentier fatal pour certains jeunes Algériens qui arrivent clandestinement à Londres. “Ils ne connaissent aucun mot d’anglais, n’ont pas d’instruction et ont du mal à trouver du travail. Alors, ils commettent des larcins ou traficotent.” Chez d’autres, le spleen est autrement plus destructeur. Vivant comme des ombres, sans espoir d’obtenir des papiers, ils sombrent dans la dépression.
La drogue devient alors leur unique source de jouissance et le crime un moyen d’obtenir une dose de bonheur illusoire. À côté des naufragés de l’immigration clandestine, il y a bien évidemment les voyous professionnels. Il y a quelques mois, la presse britannique relatait l’épopée d’un délinquant notoire d’origine algérienne qui a fait 13 passages sous les verrous. Sofiane Benmakhlouf s’est apprivoisé Arsène Lupin pour détrousser ses victimes. Il choisissait ses cibles parmi les clients des hôtels de luxe dont il marquait le dos d’un jet de ketchup, pour leur subtiliser un sac, un portefeuille garni, un téléphone mobile ou un ordinateur portable. Désigné sous le sobriquet de “Ketchup thief” (le voleur au ketchup), il a été cueilli en avril dernier à Saint-James-Wood, un quartier huppé du nord de Londres, méconnaissable dans ses vêtements signés Gucci. Avant que Sofiane Benmakhlouf refasse surface, la justice britannique pensait s’être débarrassée définitivement de lui après lui avoir octroyé 3000 livres pour retourner dans son pays. Or, peu de temps après, il est revenu par le premier bateau en partance pour le port de Douvres, à partir de Calais en France. Qui sait, peut-être que les séjours en prison ne l’effrayent pas. “Ils ont tout là-bas, le gîte et le couvert. Ils font du sport, ont des cours d’informatique et ont le droit de travailler et de toucher un salaire”, remarque-t-on de part et d’autre. Abderrahmane approuve. Il ne se plaint guère de ses conditions de détention. “Nous occupons des cellules propres, dotées d’un poste de télévision et d’une bouilloire pour le thé ou le café”, souligne-t-il. Par ailleurs, les détenus peuvent se procurer ce qu’ils désirent contre de l’argent. Outre le sucre, des biscuits et du savon, ils n’ont aucune peine à acheter de la drogue. Les plus riches dépensent des fortunes en héroïne et en cocaïne. Parmi eux se trouverait Rafik Khelifa.
Abderrahmane dit l’avoir côtoyé à la prison de Hollesley où l’ex-milliardaire est incarcéré dans le cadre de l’affaire d’extradition le concernant, actuellement en débat au tribunal de Westminster. “Il dépense 600 à 700 livres par semaine pour acheter de la drogue”, relate Abderrahmane en se demandant d’où lui parvient autant d’argent. En prison, les détenus nantis sont entourés de privilèges. Ce n’est pas le cas des plus démunis. Le patron d’Arab Advice Bureau relate la mésaventure d’un Algérien qui a failli être tué par un codétenu parce qu’il a osé changer de programme télévisé. Il se fait écho également de la mort mystérieuse d’un compatriote en prison. “Les autorités carcérales prétendent qu’il s’est suicidé. De son côté, sa famille assure qu’il a été assassiné”, rapporte Mohamed Nacer entre deux appels. Dans son bureau, la sonnerie du téléphone portable retentit sans cesse. Son dernier interlocuteur lui demande de prendre contact avec son beau-frère écroué dans la matinée pour une affaire de vol. De prison lui parviennent aussi des appels de détenus sans le sou mais en quête d’une aide judiciaire ou soucieux de rassurer leurs proches.