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Naissance de l'assio


1. Beaucoup de "nif" et beaucoup de "gualb"

Beaucoup de « nif » parce que l’ASSIO[1] est née sous le poids d'une frustration longtemps contenue par de nombreux internautes Saïdéens éparpillés à travers le monde qui prenaient des nouvelles les uns des autres via le site web des pieds-noirs de Saïda. Ils le faisaient sur la pointe des pieds, ce canal étant devenu « obligé » parce qu’alourdi par des contraintes inhérentes à ce genre de relation, forcément conflictuelle, pour qui connaît notre histoire commune. Beaucoup d’interdits et pas des moindres : pas une ligne sur les zones sombres du passé ; pas un mot sur tout ce qui rappelait la tragédie coloniale et les drames qui ont jalonné sa cruauté ; encore moins sur les partis politiques français d’extrême droite nourris en majorité par des bataillons de pieds-noirs. « Ici, c’est un site de pieds-noirs de Saïda, certes, nous répond-on, mais de pieds-noirs de Saïda qui ont besoin de panser leurs plaies et se reconstruire entre eux. Vous n’avez qu’à créer vos propres organes de communication ».


Ce coup de pied de l’âne est arrivé à point pour nous rappeler que mieux valait un petit chez soi qu’un grand chez les autres. Et dire qu’on désirait seulement se parler, se parler librement sans avoir à passer par le bailleur des lieux, prendre des nouvelles les uns des autres tout aussi librement, savoir comment se portait Saïda. L’idée folle d‘un forum de discussion « bien à nous » déboucha rapidement, sans toute fois exclure l’autre idée, tout aussi folle, de création d’une association entre Saïdéens de l’intérieur (In) et Saïdéens de l’extérieur (Out). Oui, un petit quelque chose pour servir de lien et de ciment entre des Saïdéens séparés par l’absence et la distance. L'ASSIO venait de naître.

Dans les esprits du moins car de nombreuses tentatives de mettre sur pied un tel projet par le passé, que ce soit à partir de l’Algérie ou à partir de l’étranger, au final, avaient toutes échoué. Prudence et prévoyance revenaient souvent sur la table pour inscrire le nôtre dans la durée. Commencer par exemple par écarter dès le départ tout ce qui pouvait servir de support aux divisions et aux inimitiés qui les accompagnent habituellement, en créant une association à but non lucratif, non religieux et non politique, reposant sur deux ambitions, et deux seules, qui ne souffrent d’aucune ambiguïté : 1) développer la promotion des relations et des échanges entre les personnes originaires de la ville de Saïda (Algérie), résidant en Algérie, en France et dans d'autres pays à travers le monde, et de leurs ami(e)s ; 2) développer l'entraide et le développement de toute activité sociale, culturelle, éducative, sportive, scientifique, économique et professionnelle pouvant contribuer au rayonnement de Saïda et de sa région.

Beaucoup de cœur également parce que tout a déboulé à tombeau ouvert : création de l’ASSIO le 18 octobre 2006 à Aix-en-Provence (France), suivie par la création de son site[2] web et d’une trentaine de forums thématiques de discussion. Au diable l’avarice, parler jusqu’à l’extinction de la voix, fut-elle virtuelle. Très vite aussi, d’autres Saïdéens, ceux qui résident à Saïda et en Algérie, ont pris les choses en main en mettant sur pied le 15 avril 2007 une structure locale, l’ASSIO-IN, à travers laquelle ils ont réalisé, en peu de temps, un travail colossal. Manifestations culturelles et projets de solidarité ont vu le jour, initiés, réalisés et portés à bout de bras par des Saïdéens du cru, des gens compétents, travailleurs, passionnés, des gens au cœur gros de la taille de leur générosité et de leurs efforts. Dans la même foulée, une immense et longue chaîne saïdéenne de solidarité s’est formée, charriant expérience, argent, intelligence, rêves, encouragement, enthousiasme. Deux grandes rencontres des dirigeants In et Out, l’une à Lyon en mai 2007 et l’autre à Paris en novembre de la même année, ont aidé à mieux se connaître et à serrer les rangs et les coudes. Et c’est comme ça que de Montréal à « Dhar echih » et de « Daoudi Moussa » à Londres, en passant par Oran, Bruxelles, Bokhors, Amsterdam, Amrous, etc., la machine s’est mise en branle : acquisition d’un local à Sid-Cheïkh (Saïda), installation d’un cyber-ASSIO avec une dizaine d’ordinateurs, mise en place d’un organigramme, de règles de fonctionnement, de méthode de travail et de coordination, … laissant émerger un style particulier de professionnalisme qui s’exprimait sans complexe ni retenue dans l’antre du bénévolat, tout un symbole de motivation naturelle et soutenue. L’ambiance fraternelle et bon enfant a fait le reste. Résultat ? Aujourd’hui, les rails sont bien fixés au sol, la locomotive est à quai, la confiance est instaurée, la crédibilité fait bon poids et les esprits foisonnent de bonnes et prometteuses idées. Trente projets de solidarité au bénéfice de Saïda et des Saïdéens ont été inscrits à l’agenda de notre jeune mariée pour 2008-2010. Les premiers ont déjà démarré.

Chers compatriotes, gardons à l’esprit que le plus facile est fait et que le plus difficile reste à venir. Ne craignons pas d’avoir de l’ambition pour ce que nous aimons. Aussi, où que vous soyez, à Saïda, dans d’autres villes algériennes, à l’étranger ou sur quelque morceau de la planète que ce soit et sur lequel vous avez choisi de bâtir votre nid, donnez signe de vie, adhérez à l’ASSIO, mobilisez-vous, et que chaque Saïdéen apporte son couffin d’entraide, d’affection et de fraternité à ceux dans le besoin affectif ou blessés par la chute de leur ville, hier radieuse et portée aux nues. Ce n’est qu’une fois unis, solidaires et mobilisés que nous disposerons alors de la capacité d’aider Saïda et les Saïdéens. Pas avant.

Mohamed Zitouni,

[1] : Association des Saïdéennes et des Saïdéens In & Out, et de leurs ami(e)s
[2] : http://www.saidalgerie.net


 

2. Le mot des dirigeants de l'ASSIO, à sa naissance.

Mohamed Zitouni, Président

Depuis le 20 août 2006, date de la création et du lancement du Groupe de discussion Yahoo des Saïdéens In&Out, nous avons fait un « grand bout » de chemin ensemble. Grâce à la volonté et à la passion de beaucoup, nous voici aujourd'hui aux portes d'un grand projet et d'une belle aventure : créer et pérenniser les conditions administratives, juridiques, financières et matérielles pour venir en aide à Saïda et aux SSIO. Comment ? Quatre axes d'actions à mettre en oeuvre sans lesquels nos efforts seront vains et probablement voués à l'échec.

1.Créer une structure associative comme plate-forme d'organisation

L'ASSIO est née le 18 octobre 2006 à Aix-en-Provence; elle sert de carrefour d'idées, de canal de communication et de cadre organisationnel pour collecter et déployer ses moyens au profit de Saïda et des SSIO. Les buts les plus importants de l'ASSIO sont de réduire les distances entre nous, rendre plus aisés et plus prolifiques nos échanges, aider à l'optimisation et à la concentration de nos efforts et moyens d'une manière qui soit à la fois organisée, judicieuse et concertée. Comme dit le slogan "el-hadra ouel maghzel", c'est-à-dire oui pour la parlotte et aux échanges via le site, ses forums ASSIO, ses nouvelles saïdéennes, ses souvenirs et ses textes choisis, etc. mais oui également pour filer en même temps la quenouille, c'est-à-dire réaliser et mettre en oeuvre ce pourquoi nous nous mobilisons aujourd'hui : le rayonnement de Saïda et l'entraide entre SSIO.

2. Relever la tête de nouveau parce qu'il est possible de réussir

"De nombreuses tentatives de ce type ont échoué, ça ne sert à rien de s'échiner, vous perdez votre temps, ... » disent les uns ; « Cette fois-ci est peut-être la bonne, c'est le moment ou jamais, qui sait, ... ? » disent les autres. Et pourtant les uns comme les autres aiment passionnément cette ville, avec la même intensité et le même dévouement. Il suffit pourtant d'une petite amorce de crédibilité pour que l'espoir renaisse et impose de lui-même le sentiment de réussite plutôt que celui de l'échec. Certes, il y a eu de nombreux échecs par le passé et la récurrence des échecs finit par prendre le dessus sur les volontés qui à la longue s'émoussent. Mais doit-on baisser les bras pour autant et considérer le dernier échec comme la dernière tentative ? Non, nous devons nous entêter et relever la tête encore une fois. Pour ma part, j'ai choisi de me ranger parmi celles et ceux qui pensent qu'il faut tenter encore une nouvelle fois et qu'il est possible de réussir cette fois-ci.

3. Créer les conditions du succès pour diminuer les risques d'échec

Cette fois-ci il nous faut nous inspirer méthodiquement des enseignements que nous offrent gracieusement les échecs du passé en commençant par les considérer comme des bases de connaissances vitales sur lesquelles reposeront et s'appuieront nos modes opératoires de fonctionnement, nos règles de gouvernance, nos choix, nos actions, nos comportements, nos décisions. Cette fois-ci, nous savons au moins ce qu'il ne faut pas faire, et c'est important. L'ASSIO jouera également un rôle central, celui de réunir les Saïdéens, les rassembler pour utiliser toutes les compétences et les bonnes volontés qui se proposent, dans un climat fraternel, d'amitié et de passion pour Saïda et pour les Saïdéens tout en transcendant nos différences sociales, culturelles, religieuses, politiques. Pour aider à consolider cet aspect important des relations entre Saïdéens, des valeurs fortes et non négociables les mettront à l'abri de tout ce qui peut les diviser ou les éloigner les uns des autres. Ces valeurs, contenues au coeur même des statuts de l'ASSIO, seront là à chaque écart pour rappeler que l'ASSIO est une association à but non lucratif, laïque, apolitique et philanthropique ; elle est également indépendante de toute appartenance politique, ethnique ou religieuse. Tout ce qui s'y réalise l'est et le sera sur une base de bénévolat.

4. S'engager pour vivre l'aventure et transformer l'essai

C'est la 1ère fois que je m'engage dans la réalisation d'un projet de cette nature et c'est parce qu'il y a là un vrai pari à relever pour Saïda que je me questionne fréquemment sur les raisons profondes et réelles qui ont dicté mon engagement. En réalité, la raison la plus sincère et la plus dominante d'entre toutes est sans doute celle de pouvoir répondre à ma propre conscience qui ne manquera pas de m'interroger un jour ou l'autre sur ce que j'ai réellement fait pour Saïda. Je sais maintenant que je dispose de la capacité de lui répondre : "j'ai essayé moi aussi, ... au moins une fois".

(Aix-en-Provence, le 15 novembre 2006)

Morad Hamidat, Vice-président

Je suis honoré de faire partie de l'ASSIO pour y représenter Saïda. Je me sens plein d'énergie pour apporter ma contribution à ce projet qui tend à mettre notre ville en valeur. Je cite "nous avons plus de force que de volonté, et c'est souvent pour nous excuser nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles''.

(Saïda, le 18 novembre 2006)

Ali Ouanezar, Trésorier

Quelle idée généreuse de réunir les enfants de Saïda In & Out autour d'un projet simple : "essayer d'apporter un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin chez nous, puis garder le contact avec plein d'amis". L'invitation qui m'a été faite d'oeuvrer au sein de l'ASSIO ne peut que m'honorer. Les idées d'associations ont déjà vu le jour. Nous nous devons de réussir cette fois ci parce que c'est la première fois qu'une idée fait appel à tous les saïdéens où qu'ils soient. Les moyens technologiques le permettant aujourd'hui, nous pouvons être plus imaginatifs et réactifs.

Malgré les sensibilités qui pourraient nous différencier, nous devons garder à l'esprit un seul objectif : "construire enfin des choses concrètes pour notre ville et les jeunes qui y habitent".

(Paris, le 23 novembre 2006)


 

 

Habib Kadi, Secrétaire général
 
A la découverte du forum "Saidalgérie" sur une invitation de Mohamed Zitouni, je n'ai pas hésité une seule seconde à rejoindre ce groupe des "Ouled El Bled". J'ai vite été séduit par cette idée que Mohamed avançait et qui consistait à faire quelque chose pour Saida. J'ai voulu joindre mon effort à ceux des autres à ce sujet et ajouter ma pierre à la construction de l'édifice. Quoi de plus noble que de servir les autres quand on peut. Cet engagement a tout de suite payé, puisque dans les jours qui ont suivi, j'ai repris contact avec beaucoup de plaisir avec des Saidéens que j'avais perdu de vue depuis très longtemps. Mais Mohamed en voulait plus et ne voulait pas s'arrêter en chemin avec simplement un lieu de rencontres et de convivialité. L'idée d'un site et d'une association est née presque aussitôt après. Avec des hauts et des bas le projet a pris vite forme et j'ai eu bien peur, que tout cela ne retombe à l'eau, lorsque notre ami a été victime de son AVC. Dieu merci, l'orage est passé et tout semble rentrer dans l'ordre. Mais c'est mal connaître notre ami, qui a peine sorti de l'hôpital et encore en convalescence se met au travail et quel travail. Prenant sur ses deniers personnels et surtout au mépris de sa santé encore fragile et chancelante, il travaillera d'arrache pied des jours entiers durant pour mettre en oeuvre le site et l'association. Il mettra toutes ses compétences et ses relations pour faire le rabatteur et regrouper autour de son idée tous les Saidéens In et Out. Les premiers arrivés se donnèrent à plein temps pour informer et inviter d'autres "Ouled El Bled" à rejoindre le mouvement. Le mouvement fait actuellement boule de neige et on voit apparaître tous les jours de nouveaux membres et c'est tant mieux. Aujourd'hui l'ASSIO est constituée et a un bureau. Dans quelques semaines, le site sera en service. Des représentants de l'ASSIO sont un peu partout dans le monde. Ceci dit, le plus gros reste à faire. Conduire sans casse une telle mécanique n'est pas chose facile, et je me dis à moi en premier il faudra prendre sur soi quoi qu'il arrive.
Plaise à Dieu que l'on puisse dépasser nos différences et nos problèmes personnels pour faire passer l'intérêt de Saida avant tout. Chacun à son poste et en avant toute.

(Saint-Etienne, le 20 novembre 2006)